Je suis dans une salle de la faculté de dessin de Skopje. En plein milieu de la vieille ville de Skopje, j’entends les différents muezzin qui se mettent à chanter. La fac, elle est dans un vieux caravanserail, un bâtiment qui a une âme. Le truc qui me manque ici, d’être dans des lieux qui ont une âme, vraiment, où on sent un enracinement de quelque chose. Par rapport à tout les immeubles en béton de la reconstruction post-tremblement de terre de 1963. Seule la vieille ville a été en partie épargnée. C’est magique pour cela, cette fac. Une cour intérieure que j’aperçois d’ici, avec des gens qui causent. Le cours des dessins de l’autre cote de la cloison. Un couple de tourterelles sur le toit.
Le patio de la cour, avec les arcades de ce vieux bâtiment…
J’ai même trouve une connection Internet, sans fil, dans ce lieu. C’est assez surprenant, le lieu historique, les chants des diverses mosquées du quartier, et moi, qui me sent comme un cheveu sur la soupe à faire du rangement sur mon ordi, et même trouver un connection Internet qui nous détruit notre cerveau à tous.
Après le début du temps beau et chaud on a eu une pause pluvieuse et c’est revenu. Là il fait très beau, et très chaud, le bâtiment de pierre, malgré les baies vitrées, reste frais.
Les gens de passage dans la salle ou je me suis installée comme à la maison me saluent. L’un d’entre eux est venu me voir, je me disais, merde, c’est le directeur, va me jeter. J’ai répondu à ses diverses questions, celle de toujours, tu es d’où, tu fais quoi ici. Je suis venue ici pour voir une miss qui étudie ici et que je trouve sympa, qui m’a invitée pour voir ce qu’elle faire et qu’elle m’apprenne. Elle fait de la sérigraphie, si j’ai bien compris. Elle n’est pas là. C’est la troisième fois que je viens ici pour la voir. Récemment j’ai rencontré des gens de sa promo, tous sont assez sympas. Elle a passé un an en France, la dernière fois, je voulais lui proposer de faire le doublage d’un reportage que j’ai fait car son français est vraiment très bon. Bref. Le professeur a été satisfait, il était assis à côté de moi et ma racontait qu’il avait passé deux fois, deux séjours de deux mois en France. Il ma’ dit trois mots en français. M’a invitée à passer dessiner ici, même à m’inscrire à la fac ! Très fou, comme les opportunités tombent du ciel comme cela. Je ne le prends pas sérieusement, mais cela reste marrant !
Entre-temps, il a même eu le temps de me demander mon age et de s’interroger sur le fait que je pourrais avoir peur de voyager ou habiter ailleurs que dans mon pays sans avoir peur. « De quoi ? », je demande. Je « BOUH ! », il mime. Je réponds, que ça va, que ça se passe bien, et qu’au pire, je fais à mon tour, « Bouh ! ». Je ne sais pas bien ce dont il parlait exactement…
Après le muezzin, c’est la musique des étudiants, du rock, qui accompagne leur séance de dessin, mais pas avec de bons haut-parleurs. « Ouh ! Come on, everybodyyy ! » C’est un sacré changement en si peu de temps, et sans bouger mes fesses de ma chaise grinçante J
Il repasse, me raconte que le lieu date de 1830, de l’empire ottoman, mais qu’il s’est complètement effondré lors du tremblement de terre de 1963. « Tombe la terre », me dit le professeur, en français. Il restait quelques murs, mais ils ont tout reconstruit après le tremblement, comme le bâtiment initial. C’est devenu un restau, aussi un hôtel. Le lieu s’appelle Suli Ann, Suli, ça veut « eau » en turc, car trois sources coulent sous le bâtiment, semble-t-il.
Mon nouveau pote, m’a filé sa carte de visite, qu’il a tamponné derrière un carton peint, c’est joli. Il s’appelle Zoran.
