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SUli Ann

Dans Ce que je fous ici?, Quotidien le avril 16, 2009 à 3:02

Je suis dans une salle de la faculté de dessin de Skopje. En plein milieu de la vieille ville de Skopje, j’entends les différents muezzin qui se mettent à chanter. La fac, elle est dans un vieux caravanserail, un bâtiment qui a une âme. Le truc qui me manque ici, d’être dans des lieux qui ont une âme, vraiment, où on sent un enracinement de quelque chose. Par rapport à tout les immeubles en béton de la reconstruction post-tremblement de terre de 1963. Seule la vieille ville a été en partie épargnée. C’est magique pour cela, cette fac. Une cour intérieure que j’aperçois d’ici, avec des gens qui causent. Le cours des dessins de l’autre cote de la cloison. Un couple de tourterelles sur le toit.

Le patio de la cour, avec les arcades de ce vieux bâtiment…

J’ai même trouve une connection Internet, sans fil, dans ce lieu. C’est assez surprenant, le lieu historique, les chants des diverses mosquées du quartier, et moi, qui me sent comme un cheveu sur la soupe à faire du rangement sur mon ordi, et même trouver un connection Internet qui nous détruit notre cerveau à tous.

Après le début du temps beau et chaud on a eu une pause pluvieuse et c’est revenu. Là il fait très beau, et très chaud, le bâtiment de pierre, malgré les baies vitrées, reste frais.

Les gens de passage dans la salle ou je me suis installée comme à la maison me saluent. L’un d’entre eux est venu me voir, je me disais, merde, c’est le directeur, va me jeter. J’ai répondu à ses diverses questions, celle de toujours, tu es d’où, tu fais quoi ici. Je suis venue ici pour voir une miss qui étudie ici et que je trouve sympa, qui m’a invitée pour voir ce qu’elle faire et qu’elle m’apprenne. Elle fait de la sérigraphie, si j’ai bien compris. Elle n’est pas là. C’est la troisième fois que je viens ici pour la voir. Récemment j’ai rencontré des gens de sa promo, tous sont assez sympas. Elle a passé un an en France, la dernière fois, je voulais lui proposer de faire le doublage d’un reportage que j’ai fait car son français est vraiment très bon. Bref. Le professeur a été satisfait, il était assis à côté de moi et ma racontait qu’il avait passé deux fois, deux séjours de deux mois en France. Il ma’ dit trois mots en français. M’a invitée à passer dessiner ici, même à m’inscrire à la fac ! Très fou, comme les opportunités tombent du ciel comme cela. Je ne le prends pas sérieusement, mais cela reste marrant !

Entre-temps, il a même eu le temps de me demander mon age et de s’interroger sur le fait que je pourrais avoir peur de voyager ou habiter ailleurs que dans mon pays sans avoir peur. « De quoi ? », je demande. Je « BOUH ! », il mime. Je réponds, que ça va, que ça se passe bien, et qu’au pire, je fais à mon tour, « Bouh ! ». Je ne sais pas bien ce dont il parlait exactement…

Après le muezzin, c’est la musique des étudiants, du rock, qui accompagne leur séance de dessin, mais pas avec de bons haut-parleurs. « Ouh ! Come on, everybodyyy ! » C’est un sacré changement en si peu de temps, et sans bouger mes fesses de ma chaise grinçante J

Il repasse, me raconte que le lieu date de 1830, de l’empire ottoman, mais qu’il s’est complètement effondré lors du tremblement de terre de 1963. « Tombe la terre », me dit le professeur, en français. Il restait quelques murs, mais ils ont tout reconstruit après le tremblement, comme le bâtiment initial. C’est devenu un restau, aussi un hôtel. Le lieu s’appelle Suli Ann, Suli, ça veut « eau » en turc, car trois sources coulent sous le bâtiment, semble-t-il.

Mon nouveau pote, m’a filé sa carte de visite, qu’il a tamponné derrière un carton peint, c’est joli. Il s’appelle Zoran.

Au détour d’une mosquée

Dans Quotidien, Uncategorized le mars 17, 2009 à 1:26
Ni dans celle ci ! Mais j'irais les voir toutes les deux bientot...

Je suis rentrée à la maison, avec deux foulards autour du cou, un vert venu du Mali, et un rouge venu de Médina, la ville qui sent la rose en Arabie Saoudite.

Un très joli foulard fabrique au Pakistan, avec des petits filets d’or dedans. C’est Maide, la fille de Veli, mon nouveau pote rencontré à la mosquée tout à l’heure, qui me l’a offert. J’ai même ramené un chapelet musulman et un dessin de Suele, la petite fille de Veli, de 6 ans.

Après avoir laissé Julia à la station d’autobus pour qu’elle reparte vers Istanbul, je suis restée dans une ambiance turque. Avant de m’ éloigner de la gare, j’ai rencontré Gauthier, son copain, qui arrive de Prishtina et prenait le même bus vers Istanbul. Je suis allée voir si le derviche Murtezan était là, je ne l’ai pas rencontré, alors que c’est la troisième fois que je passe à la Tekke, leur lieu de prière, pour lui parler. Mais j’ai compris qu’il travaille, et je vais finir par lui téléphoner, cela sera moderne et désagréable, mais plus simple.

Sur le retour, je décide d’aller, enfin visiter cette mosquée si jolie que l’on voit de la grande rue près du grand bazar. Je descend les escaliers, prépare mon foulard et demande à l’homme qui traîne devant la mosquée si je peux entrer. Je me sens bienvenue, donc j’entre, et m’agenouille dans la partie des femmes, vu que la prière va bientôt commencer et que je vais pas leur passer devant lorsqu’ils prient. Je reste là, sans bouger, tranquille à écouter le chant de l’Imam, à sentir le mouvement de la prière. Je suis intimidée par le fait de ne pas bien connaître le rituel, je me sens intruse, pourtant le tout se déroule comme si je n’étais pas là.

Etre a genoux me coupe la circulation, je me concentre, attends la fin de la prière en me relaxant dans un endroit en paix. Une fois tous les hommes ressortis, je sors et remets mes chaussures. Là, les regards me suivent, et l’on commence la discussion : d’où es tu ? Tu parles macédonien ? Hey, tu sais, je parle l’allemand, mais alors un allemand parfait…vraiment parfait. Tu fais quoi ici, tu vis où ?> Tu habites où en France ? Deux hommes causent avec moi, un vieux arrive et me demande si je suis mariée, me conseille de me trouver un bon musulman à épouser histoire d’être protégée et d’aller au ciel. Ils me demandent si je crois à quelque chose, quelle est ma religion. Je leur dis que c’est la vie. Mais tout le monde vit, me répond-on ! Tout le monde est en vie, rien d’extraordinaire. Ce qu’il faut c’est assurer la suite, après la vie…

On regarde vite fait, cette mosquée date du 16e siècle. Il y a un porche derrière, l’école coranique a elle, disparu. Une autre mosquée, de l’autre cote de la rue, a été construite par le frère de celui qui a fait construire celle-ci. Mais en plus grand, parce que ce quartier, ici, la vieille ville, c’est plus petit.

Je repars peu à peu. Veli, un vieux turc qui me faisait la conversation, avec sa bouille sympa et son chapeau blanc, me propose d’aller boire un verre. J’accepte, même si j’ai rendez-vous bientôt avec Elena, ma collègue, et le nouveau stagiaire de l’association. Il me dit que je vais pouvoir rencontrer sa fille, qui peut tout m’expliquer, qui parle anglais. Elle est jeune, n’est pas mariée, mais lit beaucoup. Elle a fini la fac, ce n’est pas faire un nouveau cursus qu’elle veut, mais lire beaucoup. Elle a étudié la littérature turque et l’allemand. En la rencontrant, je me rends compte qu’elle n’enseigne pas les langues qu’elle connaît parce qu’en Macédoine, il est interdit, dans certains établissements, de travailler voilée, au nom de la laïcité. Du coup elle y a renoncé et fait du travail administratif et gère des factures dans une entreprise.

Nous arrivons chez Veli, il me présente sa femme, qui est croate et catholique mais qui ne croit à aucun Dieu, Maide, la jeune femme très instruite dont m’a parlé Veli sur le chemin. A l’entrée, une petite miss pas timide me demande en macédonien, comment je m’appelle, qui je suis ! Elle parle le macédonien, le turc et l’albanais…bon score…

Très peu de temps après avoir commencé à parler, je me fais inviter à manger ! J’ai faim, ça tombe bien, pourtant je suis très surprise de voir qu’en deux minutes on m’invite à manger avec la spontanéité de l’éclair. Les filles, elles vont prier. On passe à la cuisine. Josefina, la femme de Veli, est du Kosovo, mais désormais, elle vit ici, comme ses parents.

Nous avons beaucoup discuté, le temps a passé, mais je n’ai pas voulu couper ces rencontres, cet accueil. Tout ce qu’ils m’ont raconté ! Entre Suele, qui veut apprendre à dessiner de jolis poissons et qui me demande des conseils pour faire le meme que celui que je lui ai dessiné, Maide qui me dit à quel point c’était génial d’aller à la Mecque, avec le voyage de sept jours en bus, aller. Ça m’impressionne ! Ou Josefina qui me raconte le jour où elle rentre du travail et trouve sur la table un mot disant que Veli et sa fille sont partis en bus avec un ami à Istanbul, chez qui ils allaient rester sans doute une semaine, mais où ils sont finalement restés un mois !! J’ai beaucoup rit, ils sont très ouverts, me racontent leurs histoires. Veli, j’ai capté qu’il s’appelait comme ça que quand j’ai dit au revoir. Sa femme commençait toutes ses phrases par Veli, mais j’avais pas compris que c’était le nom de son mari, parce que Veli, en Macédonien, ça veut dire, il/elle dit : du coup je croyais qu’elle racontait une histoire, en disant Il dit, elle répond, etc… !

Il me raconte qu’il a fait beaucoup de vélo, qu’il était cycliste, et qu’il a fait l’équivalent turc du tour de France, du coup on a prévu que je lui montre mon vélo.

Je me sens très à l’aise, à discuter, je dis ce que je pense. Bien sur, je trouve la jeune fille, de 28 ans, vraiment très portée sur la religion, alors que ses deux parents disent que chacun décide pour soi, etc. Elle dit qu’il faut aimer Allah, et qu’à partir de là, on aime tout le monde, quel qu’il ou elle soit. Sa mère renchérit, oui, de toutes façons c’est le même Dieu !

Une jolie famille, hyper accueillante. Quand mes parents viendront me voir, ils sont invités à venir boire un coup à la maison. Veli ramène toujours du monde, apparemment. Je peux passer quand je veux ! Car, moi je sors, me balader, dit Veli, tout souriant, mais Josefina, elle est toujours toujours là, à regarder la télé, ou à faire le petit déjeuner, ou le déjeuner, ou le repas du soir. « Oui, c’est les Balkans, quoi, les hommes dehors, les femmes à la maison…», dit Josefina, super naturelle. Au moins les choses sont dites…

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